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Les facteurs sociodémographiques et économiques sont associés à une prise de poids entre avant et après le diagnostic de cancer : résultats de l’étude de cohorte prospective NutriNet-Santé

Oncotarget. 2017 8(33):54640-54653

Fassier P, Zelek L, Bachmann P, Touillaud M, Druesne-Pecollo N, Partula V, Hercberg S, Galan P, Cohen P, Hoarau H, Latino-Martel P, Srour B, Gonzalez R, Deschasaux M, Touvier M.

Alors que de nombreux patients atteints de cancer sont affectés par une perte de poids, d’autres ont tendance à prendre du poids, ce qui pourrait influencer le pronostic et le risque de récurrence et de seconds cancers. L’objectif de cette étude prospective était d’investiguer la variation de poids entre avant et après le diagnostic de cancer ainsi que les facteurs sociodémographiques, économiques, du mode de vie et cliniques associés à une prise de poids modérée à sévère.
 
1051 cas incidents de cancers primaires ont été diagnostiqués au sein de la cohorte NutriNet-Santé entre 2009 et 2015. Le poids a été collecté prospectivement tous les 6 mois depuis l’inclusion (en moyenne 2 ans avant le diagnostic). Les poids moyens avant et après diagnostic ont été comparés par t-test de Student. Les facteurs associés à une prise de poids modérée à sévère (≥ 5 % du poids initial) ont été investigués par régressions logistiques ajustées sur l’âge et le sexe.
 
Une perte de poids a été observée chez les hommes (-3,54 ± 4,39 kg chez ceux ayant perdu du poids, p = 0,0002) et chez les patients atteints d’un cancer colorectal (-3,94 ± 4,40 kg, p = 0,001). Une prise de poids a été observée chez les patients atteints d’un cancer du sein et de la peau (2,83 ± 3,21 kg, p = 0,04 et 2,96 ± 2,75 kg, p = 0,04, respectivement). Les femmes (OR = 1,75 [1,06-2,87], p = 0,03), les patients plus jeunes (OR = 2,44 [1,51-3,70], p < 0,0001), ceux avec des revenus plus faibles (OR = 1,30 [1,01-1,72], p-trend = 0,007), un niveau d’étude plus faible (OR = 1,32 [1,03-2,70], p-trend = 0,03), un excès de poids avant diagnostic (OR = 1,64 [1,12-2,42], p = 0,01), un niveau d’activité physique plus faible (OR = 1,28 [1,01-1,64], p = 0,04) et ceux ayant arrêté de fumer (OR = 4,31 [1,99-9,35], p = 0,005) avait un risque plus élevé de prendre du poids. Chez les patientes atteintes de cancer du sein, une ménopause induite était associée à une prise de poids (OR = 4,12 [1,76-9,67]), mais aucune association n’a été observée avec les caractéristiques de la tumeur et les traitements.
 
Cette grande cohorte prospective met en évidence des résultats originaux sur les variations de poids entre avant et après le diagnostic de cancer, soulignant des trajectoires de poids différentes. Les facteurs sociodémographiques et économiques semblent influencer le risque de prise de poids, illustrant les inégalités sociales dans le domaine de la santé.
 
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/28903371